Ouverture du Symposium

Mme Francine Bavay, vice-présidente du Conseil régional d’Île de France en charge des questions sociales

Presentation given during a The 2004 Paris International Symposium on Drug Policy: Local Innovations and Global Challenges, held in Paris on 25-26 November 2004.

Mesdames, Messieurs,

Pour commencer, permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue au Conseil régional d'lle-de-France. Je suis heureuse de vous accueillir aujourd'hui, pour ce symposium international «Politiques publiques de drogues : innovations locales et défis internationaux » et de fêter, au passage, un excellent anniversaire, le vingtième, à SOS Drogue International, dont je salue I'engagement et I'excellence. Je remercie également le Conseil de Senlis pour s'être associe à cette journée et I'ensemble des représentants d'organisations, d'institutions et de structures de recherche qui ont accepté de participer a ce symposium.

Les addictions restent un sujet humainement et politiquement sensible, même s'il ne déchaîne plus les passions, et qui a besoin pour cette raison même d'un traitement de précaution. Aussi, est-il important pour notre assemblée élue, de voir que les acteurs de terrain confrontés a ce problème ont à coeur de faire I'état des lieux de leurs actions, de comparer leurs manières d'agir au niveau international, et d'esquisser des réponses dont les pouvoirs publics devront tenir compte.

Le Conseil régional d'lle-de-France, pour sa part, n'a pas échappé en son sein aux discussions à propos des politiques de soutien aux toxicomanes et aux personnes atteintes du sida. Malgré tout, nous avons réussi a élaborer ces dernières années une politique régionale de prévention et de lutte contre les toxicomanies et les addictions, et ce Malgré des compétences régionales particulièrement restreintes, en matière de santé publique. Nous avons en effet tenté, modestement, de prendre nos responsabilités, compétences ou pas, pour tenté de répondre à la réalité sociale qui frappait à la porte de la région.

Les concours que la Région a apporté tant à I'Observatoire régional de santé qu'au Centre régional d'information et de prévention sur le sida (CRIPS) ont été fructueux. Ils nous ont aides à prévenir et réduire les risques liés aux toxicomanies et au addictions, à prendre en compte les spécificités franciliennes en matière de VIH-¬SIDA et à soutenir les acteurs de terrain qui agissent concrètement pour la réinsertion des toxicomanes ou I'accompagnement psychosocial des malades.

Aujourd'hui, la toxicomanie reste pour nous un enjeu de santé publique régional En effet, si le nombre de décès par surdoses à fortement décru - 26% chaque année depuis 1995 -, que la prise en charge psycho-socio-sanitaire des toxicomanes s'est améliorée et que I'on constate une baisse des contaminations liées aux infections virales, I'lle-de-France, et particulièrement Paris, reste particulièrement touchée par les problèmes de toxicomanie et le manque de structures d'accueil.

Les inégalités en terme d'équipement perdurent malgré une augmentation significative du nombre de centres de soins spécialisés - le nombre de personnes prises en charge par des structures spécialisées a été multiplie par 2 -. La prise en charge de nombreuses catégories de populations, combinant les niveaux de précarité et d'exclusion, reste difficile, malgré I'augmentation et la diversification des dispositifs permettant d'atteindre les usagers de drogues. La réduction des infections virales reste fragile et très dépendante du niveau d'information des usagers et des pratiques de consommation - 26% des usagers de drogue par voie intraveineuse partagent encore leur seringue -. La reprise des contaminations, notamment chez les femmes issues de I'immigration et en grande précarité psychique et sociale est inquiétante. La prise en charge des pathologies non infectieuses, telle I'atteinte de plusieurs troubles mentaux à la fois - la comorbidite psychiatrique -, reste dangereusement lacunaire. Enfin, la pression policière sur les usagers de stupéfiants s'est accrue et pose de véritables problèmes. L’état des lieux réalisés par I'ORS et I'Observatoire français des drogues et des toxicomanies relève que « selon plusieurs observateurs, la pression policière se serait manifestée vis-à-vis des usagers, notamment par la destruction de Subutex ou un accès plus difficile aux distributeurs de seringues ».

Je tiens à dire aujourd'hui, que cette approche sécuritaire me semble mettre très concrètement en péril les politiques de réduction des risques liées bien évidemment à I'accès au matériel stérile d'injection et aux traitements de substitution. De plus, il est désormais reconnu que les politiques s'appuyant uniquement sur la répression sont en échec partout dans le monde. Elles ne contribuent qu’à déplacer les problèmes, qu’à chasser les trafics vers la ville ou le quartier voisin et à faire des prisons le principal lieu de sevrage.

L'usager de drogues n’est pas considéré comme relevant d'une politique de santé publique en lui-même mais pour les risques qu'il fait courir à autrui. II est d'abord traite comme délinquant. Le traitement, I'accompagnement sanitaire et social est notoirement insuffisant en terme de volonté publique et de moyens. II est significatif que les associations d'ex-usagers ne soient pas reconnues et entendues. Cette absence de reconnaissance de I'usager entraîne la non-reconnaissance de son droit à la santé L'insuffisance ou I'inexistence d'un accompagnement sanitaire et social enlève par contre-coup sa légitimité à I'action de répression.

J'ouvre d'ailleurs ici une parenthèse dans mon intervention de vice-présidente du conseil régional, pour rappeler que Les Verts, en tant que parti politique souhaitent aller plus loin dans la remise à plat de I'ensemble de la question par I'ouverture d'un débat sur la question de la dépénalisation de I'usage des drogues.

Refermons la parenthèse.

Permettez-moi enfin de souligner une approche des problèmes de santé qui me tient à coeur. Les questions de santé ne sont indépendantes ni de I'environnement physique ni de I'environnement social. Or, I'une des caractéristiques des populations touchées par I'usage des drogues est qu'elles cumulent les exclusions. La précarité sociale est à la fois une cause et une conséquence de la toxicomanie, même si à titre individuel la toxicomanie mondaine peut toucher des personnes non issues d'un milieu en précarité sociale.

Dès lors, et c'est ma conviction personnelle, I'enjeu est bien de prendre en compte le contexte social de la toxicomanie pour mener la lutte contre les exclusions et la précarité sociales. II ne suffit pas de le reconnaître; encore faut-il - s'agissant de nos responsabilités d'élus - mettre en oeuvre des politiques conséquentes. Nous n'avons par exemple rien à gagner, en tout cas pas la lutte contre la toxicomanie, en cédant sur le terrain des intimidations sécuritaires qui remettent en cause aujourd'hui en région parisienne les avancées en matière de politique de réduction des risques ou d'accès aux logements thérapeutiques pour malades du sida et toxicomanes.

En disant que, en matière de santé publique, la priorité doit être en définitive une priorité de lutte contre les exclusions, je n'exprime pas au demeurant une opinion isolée. J'ai déjà cité il y a plusieurs années les mots du Docteur William Lowenstein, malheureusement toujours d'actualité : "L'exclusion, la criminalisation, la précarité sont autant de facteurs qui, d'une part, favorisent I'accumulation des handicaps morbides chez les usagers de drogues et, d'autre part, font obstacles à I'adoption de comportements conformes aux exigences de santé, y compris a la désintoxication. Dans une perspective de réduction des risques et des usages, les soins aux toxicomanes ne peuvent se concevoir que comme un accompagnement à long terme et doivent s'inscrire dans une rénovation des politiques de lutte contre I'exclusion et la précarité."

Ces paroles du docteur Lowenstein, que je fais miennes, me permettent de redire ma volonté de poursuivre les politiques de lutte globale contre la précarité que je m'efforce de mener au quotidien et de faire mien I'enjeux désormais principal que représente aujourd'hui la multiplication des lieux d'accueil et leur polyvalence. Les compétences en matière de santé publique que la loi de décentralisation nous octroie désormais restent encore floues et probablement bien minces. Mais vous pouvez compter sur le Conseil régional pour les exercer à plein et peut-être, comme à son habitude, aller un peu au-delà...

Je vous remercie pour votre attention et vous souhaite d'excellentes journées d'échanges et de débats.