Discour de bienvenue

M. Alain Lhostis, Adjoint au Maire de Paris, Chargé de la Santé, Président suppléant de I'AP-HP

Presentation given during a The 2004 Paris International Symposium on Drug Policy: Local Innovations and Global Challenges, held in Paris on 25-26 November 2004.

Monsieur le Président,
Madame la Vice-présidente,
Mesdames, Messieurs,

C'est avec beaucoup de plaisir que j'interviens devant votre assemblée.

SOS Drogue international fête donc ses 20 ans. Elle a choisi de le faire en s'associant avec le Conseil de Senlis pour réfléchir sur les politiques publiques de drogues en mettant en miroir les innovations locales et les défis internationaux.

Vous comprendrez que c'est sur le premier aspect que j’interviendrai, même si j'ai conscience que les problèmes géopolitiques liés aux productions et au trafics de drogue sont liés de manière très concrète à ce qui se fasse dans nos villes et que les élus locaux sont presque toujours en première ligne pour trouver des réponses.

C'est sur la pratique concrète des associations, des élus, des professionnels que se sont tenus les échanges lors du Forum que la Mairie de Paris a organisé les 7 et 8 octobre dernier à l'Hôtel de ville et auquel plus de 1000 personnes ont participé.

Il a été l'occasion aussi de faire en quelque sorte « un point d'étape » deux ans après la création de la Mission de prévention des toxicomanies.

La Mission s'est installée dans le paysage parisien pour répondre aux objectifs retenus par l'equipe municipale dirigée par Bertrand Delanoë. : prévenir l'usage des produits psychoactifs, réduire les risques sanitaires et sociaux liés à leur consommation, favoriser l’insertion, prévenir les nuisances et assurer la tranquillité publique.

Chacun sait ici que la politique des drogues est une responsabilité d'Etat. Cela ne prive pas les élus, et singulièrement les élus locaux, de s'investir sur cette question. Quand bien même ne le souhaiteraient-ils pas, les habitants les interpellent pour demander des solutions et n'acceptent pas le simple renvoi dans le camp de « la France d'en haut ».

Ils sont en effet les premiers interpellés par les riverains qui se plaignent des nuisances provoquées par les scènes de deal et de violence, parfois par des agressions, plus souvent par des consommations dans les immeubles.

Ils sont interpellés par les associations qui sont au contact des usagers de drogue qui revendiquent pour eux l'accès aux droits sanitaires et sociaux, la reconnaissance de leurs droits de citoyens, le refus de toute stigmatisation et toute forme de rejet.

Notre rôle consiste à entendre et écouter chacun, à prendre l'ensemble de ces points de vue à bras le corps et construire des réponses a partir de l'intérêt de l'ensemble des habitants en préservant et respectant le droit de chacun.

De fait, les élus locaux sont les mieux placés pour intervenir car ils sont les plus proches des habitants et des opérateurs qui interviennent dans le champ de la toxicomanie. On le mesure très concrètement à Paris par l'investissement des mairies d'arrondissements comme le 18ème, précurseur en la matière, mais aussi le 10ème et le 19ème (qui a mis en place un panel citoyen) le 13ème et le 14ème et bien sur les maires des 1er et 2eme arrondissements.

Travailler sur les questions de la toxicomanies impose une approche transversale qui doit s'appuyer sur les compétences de chacun pour construire des réponses collectives. Au croisement des politiques sanitaires et sociales, de celles qui sont menées en direction de l'enfance et de la jeunesse, l'intervention ne peut se faire sans s'adosser aux professionnels qui travaillent auprès des usagers. C'est avec eux que nous pouvons évaluer les besoins, faire bouger les politiques, offrir des réponses pertinentes. C'est ainsi que nous travaillons avec de très nombreuses associations qui oeuvrent dans le champ de la prévention ou dans la prise en charge des usagers ou dans la réduction des risques sanitaires et sociaux.

C'est ainsi que la Mairie de paris soutient SOS DI dans son travail d'insertion (comme le Kaléidoscope) de prévention (comme le centre confluence) et a pris la décision d'apporter de manière significative sa participation financière et politique dans l'installation du Centre d'accueil et de soins pour les usagers au «110 les Halles».

Accompagner les usagers de drogue, réduire les risques sanitaires et sociaux liés à la consommation des produits psychoactifs, c'est tout simplement pour la collectivité parisienne voire que derrière chaque usager de drogue il y a un citoyen qui a les mêmes droits et mêmes devoirs que les autres. C'est dire que nous ne considérons pas qu'un usager de drogue doive être sorti de sa dépendance pour bénéficier d'un toit, d'un soin, d'une insertion.

C'est cette démarche qui doit prévaloir même pour ceux qui sont les plus éloignés de tout dispositif. Je pense en particulier aux usagers de crack qui vivent en errance dans une partie du nord est parisien. Je me félicite que la MILDT ait inscrit dans son plan paru en juillet dernier « un plan crack ». Toutefois ce plan reste à construire et à financer. Cette question devient urgente, comme nous venons de le constater après l'évacuation du squat de la Porte de la Chapelle. La réponse ne peut pas être l'evacuation de squat en squat. Il faut tenter de trouver des réponses nouvelles, fondé sur la philosophie de la réduction des risques en tenant compte de la situation des usagers et de leurs parcours.

C'est ce que j'ai eu l'occasion de dire au président de la MILDT, Didier Jayle, en lui rappelant que les élus locaux peuvent s’impliquer dans la construction de ses réponses dans la mesure où l'Etat lui-même est prêt a définir le cadre juridique, politique et financier de son intervention et a assurer aux associations des moyens qui leur garantissent leur existence et les conditions de leurs activités. Ma disponibilité est totale, sans arrière-pensée. Je souhaite la même attitude de la part de tous mes interlocuteurs.

Il est en tout cas évident que sur un sujet aussi complexe, nous avons besoin d'échanger, échanger sur les politiques publiques, échanger les expertises, échanger les pratiques sociales et médicales, échanger les savoir-faire de terrain.

C'est l'enjeu de ce symposium et je ne doute pas que nous y puiserons des idées nouvelles pour construire des réponses innovantes aux nouveaux défis qui nous sont posés.